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J'OSE PAS DIRE ...
Le constat est parfois amer :
– un encadrement frileux qui « n'ose pas dire » et bloque l'information ascendante par peur de l'erreur, du reproche, de la notation ...
– des collaborateurs en « dépression », se sentant « harcelés »,
– des démissionnaires masquant les raisons de leur départ,
– des salariés préférant taire leurs insatisfactions plutôt que proposer,
– des managers qui s'abritent derrière « la direction a dit que, mais moi ... » et ne jouent ni leur rôle d'avocat de leurs collaborateurs, ni celui de porte-parole crédible de la direction.
Et l'on attend que « les autres » bougent, les « autres » parfaits boucs émissaires de ses propres manques. On assiste alors à une léthargie collective, à un « baisser de bras » par peur de la confrontation. La stratégie « par défaut » choisie est celle de l'évitement des conflits, de la dénégation. Elle n'est pas « Communication » !
L'acceptation passive, le refus de la différence et les peurs de la confrontation créent un lissage, voire un appauvrissement culturel. Oser aborder les vrais problèmes éloigne les velléités de pacification stérile et renforce les relations. Dans ce monde chahuté et complexe, nous pouvons rêver de consensus et de paix sociale. Mais si nous avons la tête dans les étoiles, gardons cependant les pieds sur la terre.
VIVE LE CONFLIT ?
« Un groupe s'ennuie dans le consensus », remarquent des sociologues. Le rechercher est un but louable et noble. Rêver le maintenir contre vents et marées relève de l'illusion. Des forces inconscientes vont tout faire pour le briser, cherchant à éprouver des émotions collectives, ferment de nouvelles solidarités. C'est ainsi que des salariés, se disant satisfaits des réponses que leur apporte l'entreprise, se mobilisent et déclenchent une grève, à la surprise de dirigeants déçus.
Héraclite affirmait : « La guerre est mère de toutes choses ». J. Poperen, en janvier 92, ne déclarait-il pas : « Si nous ne faisons pas la guerre, nous n'aurons plus la paix »? Et Gaston Bouthoul, spécialiste en polémologie, prétendait que nos sociétés vivent dans des mondes policés où la vertu de la décence et du « bon droit » prévalent tant qu'après une longue période d'accalmie, les hommes vont déclencher un conflit pour vivre des émotions collectives, faire renaître des entraides et ainsi créer des vertus sociales !
Autrement dit, le conflit serait parfois une passerelle nécessaire pour atteindre la coopération. Des acquis sont remis en question ; de nouvelles idées germent ; des prises de conscience naissent ; des schémas désuets tombent.
CONFRONTATION N'EST PAS AFFRONTEMENT
Il en va ainsi pour toute relation humaine, qu'elle s'appelle « couple » ou « entreprise ». Si l'on se tait, on ouvre la porte aux explosions non anticipées. Au contraire, si l'on « se dit », la confrontation régulière des opinions entraîne de nouvelles complicités, de nouveaux accords, de nouvelles solidarités. Exprimer des attentes réalistes, avoir des projets à court et à long terme, vivre les crises et non les éviter, comprendre et accepter les moments de régression et de progression ouvrent la voie à une authentique communication qui confronte, sans nécessairement affronter.
Une bonne compréhension de la communication n'est donc pas idéaliste. Elle « ose dire », à tous les échelons de la hiérarchie, et chacun en est Acteur. Les difficultés ne sont que l'expression des différences. Les accepter et en témoigner de manière constructive élève la culture des hommes et des femmes qui « sont » l'entreprise et génère la créativité indispensable à son fonctionnement. Théorie ? Non ! Pragmatisme.
COMMUNIQUER, C'EST NEGOCIER
Un homme politique déclarait : « Le pouvoir n'est pas dans la rue ; le pouvoir n'est pas dans les urnes ; il est dans la négociation au quotidien ». Face à l'unicité de la personne humaine et donc aux divergences d'opinion, la seule alternative « communicante » est celle de la négociation. Négocier à partir d'objectifs clairement identifiés est une dynamique complexe et constructive. La négociation ne rêve pas de l'accord consensuel du bout des lèvres et sait l'alternance de conflits et de concessions nécessaires à l'aboutissement d'un compromis acceptable et pérenne.
Ni guerre aux coûts prohibitifs, ni passivité résignée aux conséquences destructrices, mais courage et générosité par l'affirmation positive de soi dans le respect des autres : voilà ce qu'est une réelle communication, anticipatrice de conflits et génératrice d'intelligence collective.
« Ajoutez vos richesses et enrichissez-vous de vos différences » - Charles Péguy
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