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Accès gratuit, le portail du gratuit… Face à ces perspectives faciles et alléchantes, payer pour de l'information paraît presque incongru. Pour comprendre l’enjeu, il convient d’en définir les termes.
L'information professionnelle se définit comme l’ensemble des éléments de connaissance dont ont besoin les différents niveaux de décision de l'entreprise ou de la collectivité, pour élaborer et mettre en œuvre de façon cohérente la stratégie et les tactiques nécessaires à l'atteinte des objectifs définis dans le but d'améliorer sa position dans son environnement concurrentiel.
L'information professionnelle est au coeur du processus d'innovation et de compétitivité des entreprises. Sous forme numérique, elle contribue à l'amélioration de la productivité. Cependant, ce travail d’amélioration devrait-il s’accomplir sans attente d’une quelconque réciprocité monétaire ou moyennant une réciprocité non-monétaire ? « L'ouvrier mérite son salaire » dit la Bible. « Que n'as-tu consenti à prendre pour ce travail un salaire ? » s’exclame Moïse dans le Coran. Pour l’économiste, l'offre de biens ou de services gratuits dans un système de concurrence est paradoxale. Pourtant, ce paradoxe apparaît tous les jours à l’internaute sans qu’il ne s’en offusque. Il convient donc de décortiquer ce paradoxe afin de mesurer son caractère réel ou mythique.
Information gratuite : mythe ou réalité ?
Pour les tenants de la gratuité, l’information serait un bien public, donc non appropriable puisqu’elle peut être consommée collectivement. Un bien est dit public si l’usage de ce bien par un agent n’en empêche pas l’usage par d’autres agents. La valeur d’une information se révèle donc difficile à fixer. Le prix attribué à une information ne révèle sa pertinence qu’à l’usage. Seul peut être chiffré le coût lié au support et à la réception de l’information. Or, ce coût est négligeable. En outre, un faible coût de reproduction et le caractère périssable d’une information plaident en faveur de sa gratuité. La gratuité ne va donc pas tuer l'économie. Au contraire: elle constitue un formidable accélérateur commercial pour les compagnies qui savent s'en servir. Certains secteurs vont souffrir de cette nouvelle concurrence, d'autres vont même disparaître. Mais d'autres encore vont croître et, au final, disent les experts, l'économie traditionnelle et la société dans son ensemble ont tout à y gagner.
Cette tendance trouve sa source dans les communautés en ligne, qui se situent directement dans la tradition de la contre-culture des années soixante. Des militants des années 1960 et 1970 développent des médias alternatifs, complètement indépendants des groupes privés et de l’Etat. Ce sont les médias communautaires en Amérique du Nord et les médias libres en France et en Italie. Les médias communautaires s’opposent au modèle de la communication de masse où des émetteurs imposent à un public passif des contenus. L’objectif est de rendre le public actif, de faire qu’il puisse produire lui-même ses médias. Cette tradition d’interaction et d’échange se retrouve également dans Internet, de façon évidente sur les chats et les forums, mais également sur les sites web. La gratuité de l’information y est encore majoritaire. Le principe de l’accès libre à l’information apparaît également dans le Peer to Peer (P2P). Le succès fulgurant de Napster (1 million d’utilisateurs en février 2000, 57 millions un an plus tard) montre qu’il s’agit bien d’une pratique essentielle pour les internautes.
Il convient cependant de considérer que l’information ouvre l’accès à un bien. Une étude de marché, par exemple, contient les éléments qui composeront l’argumentaire commercial et apporteront un accroissement des ventes, donc du chiffre d’affaire de l’entreprise. S’il est vrai que l’information est publique, le bien matériel (l’argent du client) ou immatériel (la décision d’achat du client) auquel il permet d’accéder ne l’est pas. Même s’il est possible de dupliquer à coût nul l'information concédant l’accès au bien disputé (l’étude de marché peut être photocopiée), ce n'est pas le cas de ce bien lui-même. C'est pourquoi les renseignements dont il est question peuvent hériter du coût marginal, non nul, de l'objet. En effet, si la valeur d’une information se révèle difficile à fixer, celle du bien auquel il permet d’accéder est aisément vérifiable. Examinée sous cet angle, la gratuité de l’information apparaît bien fragile. Il convient, de surcroît, de souligner qu’une information n'est pas neutre : en véhiculant des idées, des concepts, des techniques et des langages, elle porte en elle le meilleur et le pire : le rapprochements des cultures et des hommes ou le germe de dominations futures, dans la sphère politique et économique.
Le mythe, pour utopique qu’il soit, repose sur un fond de vérité, nécessaire à son pouvoir de séduction. Selon les guérilleros du gratuit, la valeur marchande d’une information ne serait pas déterminable. L’information brute est en effet de libre parcours. Mais, sous cette forme, elle se révèle inexploitable pour accéder au Saint Graal qu’est le bien. Elle peut, tout d’abord, être rédigée dans une langue étrangère à celle du lecteur. Ainsi, notre étude de marché perd tout intérêt aux yeux d’un entrepreneur français si elle est rédigée dans une langue qu’il ne comprend pas, le finnois, par exemple. Même rédigée dans la langue de Molière, l’information peut être formulée sous forme symbolique (diagramme, tableaux de chiffres…) ou rédigée en un langage professionnel ésotérique, inaccessible à l’informé, le privant de la faculté d’exercer son pouvoir de décision. Une telle information ne revêt, aux yeux de celui qui en prend connaissance, aucune valeur. L’intervention d’un informateur est donc nécessaire afin de rendre cette information exploitable. Or, ce travail de décantation nécessite du temps et la mise en œuvre de compétences (formation, expérience professionnelle, qualités psychologiques...) spécifiques. La contrepartie de la gratuité apparaît alors en pleine lumière : celui qui reçoit l’information doit pouvoir l’exploiter. A quoi sert un fichier téléchargé gratuitement à celui qui ne dispose pas de l’outil nécessaire à sa lecture ? A rien. Dès lors, l’information finale obtenue a un coût. Il reste à en détailler les principaux postes.
(à suivre)
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