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Que d'innovations coûteuses pour rendre les clients captifs ! Les constructeurs d'imprimantes laser et jet d'encre multiplient les initiatives pour empêcher les utilisateurs d'acheter des cartouches de toner ou d'encre compatibles, beaucoup plus économiques que les recharges de marque. Hewlett Packard avait déjà intégré à ses cartouches, pour modèles DeskJet, des têtes d'impression protégées par des brevets. On ne peut donc pas effectuer des copies de ces cartouches et il n'existe pas de produit concurrent commercialisé, à l'état neuf, en France ni même dans le reste de l'Europe. On parvient seulement à trouver quelques modèles recyclés, chez Kores ou Pelikan par exemple, les plus difficiles à dénicher étant les cartouches couleur.
L'écologie contre la concurrence
Les grandes marques frappent dans toutes les directions. Sur le plan commercial, Lexmark a mis en place un programme efficace de récupération de ses cartouches laser OptraT. Proposant des réductions sur ses tarifs, en échange du retour des cartouches vides, la société prive les spécialistes du recyclage des pièces usagées néces-saires. Côté technologie, Epson est parvenu à retarder la concurrence, grâce à l'intégration d'une puce électronique dans ses consommables pour les imprimantes à jet d'encre Stylus Photo. Conçue avant tout pour mémoriser le niveau d'encre restant dans la cartouche, la puce, baptisée Intellidge, fait office de verrou logique et rend la coque inutilisable dès qu'elle a été vidée. Les fabricants d'encres compatibles ne peuvent donc pas commercialiser des systèmes de remplissage. Difficile, également, de concevoir des cartouches compatibles prêtes à l' emploi : sans la puce, elles ne fonctionnent pas. Cependant, depuis la fin de l'année dernière, le britannique DCI vend en toute légalité, en Angleterre, un kit astucieux pour recharger la puce et utiliser des car-touches compatibles. Mais l'opération demande des talents de bricoleur. Quant à son distributeur exclusif, MBP, à Nantes, il démarre seulement la vente dans l'Hexagone. L'acheteur d'une nouvelle imprimante Epson devient, sans le savoir, prisonnier de la marque. Soulignons cependant que tous les constructeurs ne sont pas allés jusque-là. Canon se distingue par le fait qu'il n'a pas développé de stratégie pour imposer ses consomma-bles. A l'opposé, Epson apparaît comme la marque la plus contraignante. Les constructeurs HP et Lexmark se situent entre ces deux extrêmes.
Les ventes d'encre sans marque explosent
Dépendants de tel ou tel modèle de cartouches, les acheteurs d'imprimantes sont privés des avantages de la concurrence. Est-ce bien légal ? ' Nous n'avons pas le droit de bloquer le marché, et nous n 'empêchons per-sonne de fabriquer une cartouche compatible qui reprendrait notre puce, qui est standard et dont certaines par-ties ne sont pas brevetées ', se défend Pascal Dombis, chef de produits chez Epson. Oui, mais selon les fabricants de compatibles, les grandes marques leur mettent des bâtons dans les roues, puisqu'ils doivent comprendre le fonctionnement de la puce et étudier la façon de la reprogrammer. Pour que l'opération soit rentable, il faut aussi attendre que le parc d'imprimantes installé soit suffisamment important. D'où des délais de plusieurs trimestres. En attendant, l'acheteur, ficelé, paie le prix fort. La situation est exaspérante, car les cartouches dites compatibles, neuves ou rechargées à partir de coques récupérées représentent d'importantes sources d'économie. Un fait révélateur : les fabricants eux-mêmes vendent des produits compatibles avec les imprimantes de leurs concurrents. Lexmark propose des cartouches d'encre compatibles pour les imprimantes HP et Ca-non. Quant à Xerox, il en propose pour les HP, les Epson et les Canon. Dans l'ensembles, l'avenir de l'offre en cartouches compatibles paraît assuré. ' Dans la grande distribution, ce marché a triplé en un an ' explique Frédéric Patissier, du cabinet d'études GfK. Selon lui, le chiffre d'affaires réalisé par les constructeurs d'imprimantes sur les cartouches jet d'encre dans la grande distribution est quasiment égal à celui des imprimantes.
Même principe que le téléphone à 1F
On estime que chaque acheteur utilise, en moyenne, de 3 à 8 cartouches par an, les chiffres étant en augmenta-tion constante. Leur vente, très rentable, compense les dégâts d'une guerre commerciale qui a fait chuter les prix des imprimantes, et donc des marges. Ainsi le modèle jet d'encre Lexmark Z12 ne coûte que 490 F (74,70€). Mais pour sa cartouche d'encre noire, on paie plus de 250 F (38,11€) ! Durant l'année 2000, les tarifs ont même augmenté en suivant les hausses du dollar et du pétrole. Comme pour la téléphonie mobile, le périphérique est bradé et l'industriel fait sa marge ensuite. Résultat, une cartouche de 40 ml comme la HP5162A, par exemple, qui coûte 250F (38,11€) met le litre d'encre à 6 250 F (952,81€).
Extrait de la revue L'ordinateur Individuel N°126 - Mars 2001
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